Ce que Matisse a à vous dire ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌ ‌
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Les 3 soleils de Fabrice

pour être inspiré cette semaine

À chaque semaine ses trois soleils.
Ils vous apporteront leur chaleur et leur lumière. Et, en les partageant, vous pourrez les multiplier pour partir tous les jours d’un bon pied.

 

Illustrations de cette lettre : Henri Matisse

Soleil n°1 - Ce que Matisse a à vous dire

« Ce que je rêve, c’est un art d’équilibre, de pureté, de tranquillité, sans sujet inquiétant ou préoccupant, qui soit, pour tout travailleur cérébral, pour l’homme d’affaires aussi bien que pour l’artiste des lettres, par exemple, un lénifiant, un calmant cérébral, quelque chose d’analogue à un bon fauteuil qui le délasse de ses fatigues physiques. »

Cette phrase écrite par Matisse en 1908 a donné lieu à beaucoup de railleries. Dans son livre récent, Antoine Compagnon condamne cette phrase qu’il juge malheureuse. Elle témoignerait d’une peinture « douce au regard, hygiénique et gaie comme un appartement moderne ou un site touristique du Midi », selon le terrible jugement de Roland Barthes, que j’aime pourtant beaucoup. Cette peinture fournit même, conclut-il, le mythe lénifiant d’une esthétique de congés payés sur la Riviera.

Pourtant, cette phrase témoigne de la très haute ambition spirituelle de Matisse ; de son désir que son art ne soit pas un objet culturel, un simple plaisir esthétique, mais une façon d’entrer dans la vie, d’être plus vivant.

Pour Matisse, la tranquillité n’est pas le contraire de l’intensité. Elle en est peut-être l’accomplissement le plus rare. Il ne cherche pas à détourner l’homme de la réalité, mais à le rendre à lui-même après l’avoir perdu dans le vacarme du monde.

Un fauteuil, dans sa phrase, n’est pas un symbole de paresse ; c’est l’image d’un lieu où l’on peut enfin déposer les armes. Et c’est sans doute cela qui demeure si difficile à comprendre : une œuvre peut être profonde non parce qu’elle ajoute du drame au drame, mais parce qu’elle nous délivre un instant de la crispation qui nous empêche de voir, de respirer et d’habiter le monde.

Si vous voulez en savoir plus sur la manière dont Matisse nous apprend l’art d’être plus vivant, plus heureux, je vous conseille mon dernier podcast (lien plus bas), réalisé avec la conservatrice de l’exposition Matisse au Grand Palais. Vous allez voir : c’est passionnant !

Soleil n°2 - L’attention n’est pas passive : elle construit le monde dans lequel nous vivons

Nous imaginons souvent que regarder est une activité neutre.
Pourtant, notre attention agit comme une forme de nourriture.
Un être humain qui subit toute la journée des flux continus d’agitation, de comparaisons et de tension finit par croire que le monde lui-même est fragmenté, agressif et saturé. Une telle vision n’est pas objectivement vraie, mais elle le semble parce que notre attention a été continuellement modelée dans cette direction.

Nous protégeons beaucoup plus notre corps que notre esprit. Nous savons qu’un organisme vivant ne peut pas survivre longtemps dans un environnement toxique.
Mais nous exposons sans cesse notre vie intérieure à des formes de confusion mentale auxquelles nous ne prêtons pas attention.

Beaucoup de personnes vivent dans une saturation permanente d’informations, d’images, de commentaires, de conflits et de stimulations numériques.
Elles cherchent ensuite, par des techniques rapides de bien-être, une paix intérieure que le régime d’attention dans lequel elles vivent rend précisément impossible.
L’esprit finit toujours par ressembler à ce qu’il fréquente.

Georges Perec éclaire ce phénomène dans son livre Espèces d’espaces. Il montre que nous cessons progressivement de voir ce qui nous entoure, non parce que le réel se serait vidé, mais parce que notre attention est devenue automatique.
Nous traversons les lieux, les objets, les visages et même nos propres vies sans véritablement les habiter. Tout devient fonctionnel, rapide, immédiatement consommable. Le monde cesse alors d’apparaître comme présence ; il devient un simple décor que traverse notre esprit saturé.

C’est la raison pour laquelle les traditions contemplatives accordaient une telle importance au silence, à certaines formes de répétition consciente, ou à la discipline de l’attention.
Non parce qu’elles méprisaient le monde, mais parce qu’elles savaient qu’une conscience continuellement dispersée devient incapable de profondeur.
L’attention n’est pas seulement un outil psychologique. Elle est une manière d’habiter la réalité.

Soleil n°3 - La clef de l'énigme

« Tous les grands penseurs se sont posé la question de la signification de l’existence ; mais bien peu nous ont fait comprendre que nous portons sur nous, ou plutôt en nous la clef de l’énigme »

Henri Bergson, Mélanges

La plupart des gens cherchent le sens de l’existence comme si celle-ci était un problème extérieur à résoudre : il faudrait découvrir une vérité cachée, élaborer un système, construire une explication générale du monde. Bergson ouvre ici une tout autre voie. Il affirme que la question du sens ne peut pas être résolue uniquement par des idées, parce que la clef de l’existence ne se trouve pas hors de nous, mais dans l’expérience même du vivant que nous sommes.

C’est sans doute ce qui a tant frappé Matisse qui fut un lecteur régulier de Bergson.

En fait nous sommes piégés par notre intelligence qui spontanément découpe, classe, fige, transforme le réel en objets manipulables. Cette intelligence est extraordinairement efficace pour agir sur le monde, mais elle échoue à saisir la vie elle-même dans son mouvement. Elle immobilise ce qui, en réalité, ne cesse de se transformer. Voilà pourquoi nous passons souvent à côté de notre propre existence : nous nous pensons comme une chose parmi les choses, alors que nous sommes un élan vivant.

La « clef de l’énigme » désigne précisément cette expérience de la vie qui se déploie en nous avant même que nous la réduisions à des concepts.

Elle signifie que le sens de l’existence n’est pas d’abord une théorie à posséder, mais une manière d’habiter la vie.

De tout cœur,

Les Dialogues de la semaine :

Dialogue du 14 mai avec le Dr Jean-Marc Benhaiem

Découvrir le Dialogue

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Découvrir le Dialogue

Dialogue du 10 mai avec Claudine Grammont, commissaire de l'exposition Matisse, 1941 – 1954
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Actualités :

 

Dîner littéraire autour de mon dernier livre, Empêcher que le monde ne se défasse
 
Mardi 2 juin à 19h30, à Paris

Renseignements et inscription

 

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